4

Etudier un livre de 400 pages en une journée ?

Où est l'arnaque ?

De tels résultats, ça cache quelque chose, une étude particulièrement frivole.

Pourtant, c'est le contraire.

Car étudier un livre n'est pas une simple lecture. Cela exige méthodologie et organisation. Heureusement, ce sont deux choses qui s'apprennent.

Cependant, une précision s'impose : je ne parlerai ici que de non-fiction.

Car il faut de la lenteur pour apprécier un style et une histoire.

Voici le livre en question : La semaine de 4 heures, de Timothy Ferriss.

A cet instant, Jean Michel Bonne Culture, Gardien de la Littérature vient de lever son bouclier. "Tim Ferriss est-il un auteur ou un vendeur de rêve, un brasseur de vent ? Vous avez 4 heures."

Soyons clairs, ces gens ne m'intéressent pas. Le "scepticisme débouche-chiotte" n'a jamais fait avancer le monde. Trop de personnes m'ont parlé de ce livre pour qu'il soit dépourvu d'intérêt.

Je connaissais les thèmes abordés, j'avais justement des questions sans réponse, c'était l'occasion.

Et des questions, c'est la base d'une étude efficace. Car celle-ci débute avant même la lecture.

Phase n°1 : mission de reconnaissance

Vos questions avant de lire

La culture générale ne sert à rien sans sérieux.

Et je signe.

Lire un livre pour la culture suit un parcours très classique : on commence par l'intérêt, on poursuit par la découverte, on finit par l'oubli.

Vous devez posséder des questions sur le sujet du livre que vous lisez. Sinon il y a fort à parier que vous oublierez la quasi-totalité du livre (sans relecture).

De plus, en fonction de vos questions, vous orienterez votre lecture sur des sujets spécifiques contenus dans le livre.

Car, à moins que ce soit un livre américain de développement personnel moyen contenant 15 fois le même chapitre, toutes les parties ont de l'intérêt, mais toutes ne se valent pas.

C'est dans vos questions que résident la valeur de ces parties.

Les types de questions :

  • Quel problème est-ce que j'essaie de résoudre ?
  • Quelle solution suis-je en train de créer ?
  • Quel(s) sujet(s) ai-je véritablement envie d'étudier ? (contrairement à la culture générale, où le lecteur est un "touriste" de la connaissance)

Si l'acquisition d'un savoir n'a pas de but, alors il ne sera jamais sollicité. Or, l'absence de sollicitation, c'est un aller simple aux oubliettes.

Cet outil de lecture sous-exploité

Une fois l'objet de votre lecture défini, il vous faut une stratégie.

Car avancer à l'aveuglette n'est pas une solution viable.

Vous devez utiliser cet outil fascinant et pourtant si délaissé : le sommaire.

"Répertorier et classer le savoir d'un livre en catégories, mais quelle brillante idée."

Puisque vous le lisez avec des questions en tête, vous obtiendrez déjà des réponses importantes à la question suivante : où se trouvent les informations que je recherche ? Quelles parties suscitent mon intérêt ?

Repérer les pierres précieuses

Même un livre de non-fiction se doit de raconter des histoires.

La mise en contexte aide à la mémorisation.

Mais cela ne compte que si vous lisez sans organisation, sans but précis.

Or si vous effectuez sérieusement ce travail en amont, vous ne suivrez pas l'ordre de lecture pré-établi du bouquin.Vous irez directement aux parties qui vous intéressent en utilisant le sommaire.

Prenez donc le temps de repérer 3 choses : 

  • Les parties qui semblent répondre à vos questions
  • Celles qui vous intriguent mais en lien avec votre sujet
  • Celles qui vous intriguent (sans forcément de lien avec le sujet)

Cela vous permettra de créer une hiérarchie des parties à lire, de la première (et plus importante) à la dernière.

Phase n°2 : exploitez la mine de connaissances

La hiérarchie des parties

Si les préparatifs ont sérieusement été effectués, voici l'ordre d'étude que vous devez suivre :

  1. Les parties "Réponse à vos questions"
  2. Les parties intrigantes (en lien direct avec votre sujet)
  3. Les parties intrigantes (sans lien direct avec votre sujet)
  4. Le reste

Pourquoi cet ordre ?

Parce que la qualité de votre compréhension et de votre mémorisation dépend de 4 choses :

  • Intérêt
  • Curiosité
  • Envie
  • Contexte

Vous lisez un livre par intérêt, parce que vous avez des questions. Puis, vous continuez par curiosité pour le sujet que vous étudiez. Ainsi, cet ensemble vous donne envie d'aller plus loin en explorant des parties sans lien direct avec votre sujet.

Enfin, ce travail (qui représente rarement plus de la moitié du livre) vous donne un contexte d'étude pour le reste.

Attention, cette dernière partie, vous ne l'étudiez pas, vous la survolez pour vous souvenir des catégories d'informations qui s'y trouvent, des connaissances que vous irez peut-être rechercher plus tard lorsque vous aurez de nouvelles questions.

"Le reste", c'est un investissement pour l'avenir.

Ce n'est pas de la culture générale à oublier, mais de la cartographie de connaissances. Car vous saurez d'instinct où trouver des informations relatives à vos nouvelles questions.

La prise de notes stratégique pendant la lecture

Une prise de note n'est pas un résumé du livre, mais uniquement des parties "utiles" et "intrigantes".

Seules les informations qui répondent de près ou de loin à vos questions doivent y figurer, puisqu'en fonction de ces dernières, la prise de note sera différente.

Comme je vous l'ai dit au début de cet article, j'ai étudié "La semaine de 4 heures".

Cependant, mon but différait de la majorité. Là où certains veulent comprendre comment travailler et voyager en même temps, je voulais comprendre les processus de création d'une "muse" (un concept d'entreprise).

Ma prise de note diverge donc d'un voyageur en herbes, ou d'un employé de bureau souhaitant passer à 100% de télétravail.

En réalité, il n'existe que deux cas où la prise de notes est un résumé du livre :

  • Vous étudiez ce livre pour un examen, un travail à rendre, etc : la lecture vous a été imposée
  • Le livre entier est construit autour d'une seule et même réflexion

Autres caractéristiques d'une prise de notes efficace :

  • Une idée = un mot-clé
  • Vos hypothèses doivent y figurer (car cela vous implique dans le processus)
  • De même pour vos nouvelles interrogations
  • Elle doit être lisible
  • Structurée (utilisez différentes couleurs, différents formats d'écriture, etc)

Accélérations et freinages

Ou comment lire efficacement ?

Voici un résumé d'une bonne lecture : adapter sa vitesse de lecture en fonction de l'intelligibilité et la pertinence d'un propos.

Donc, si un propos est déjà clair, vous accélérez, quitte à sauter des mots, des phrases et parfois des paragraphes. Au contraire si la compréhension laisse à désirer, prenez davantage de temps.

Deuxième cas, la pertinence.

Puisque votre lecture a un but et des questions, vous avez pu diviser le livre en 4 parties. 

Enfin, concernant la partie "Reste", où l'ensemble des informations ne sont pas en lien avec votre question, ce n'est pas d'accélération dont il sera question, mais d'une véritable lecture en biais.

Votre objectif n'est pas de retenir les infos, mais uniquement vous souvenir de la localisation de certaines catégories d'informations.

Par exemple dans "La semaine de 4 heures", il y a une grande partie sur le télé-travail. Cette partie ne m'intéresse pas, mais je me souviens des sujets abordés dans cette partie.

Si j'en ai besoin un jour, je saurai où chercher.

Etant donné que la partie "Reste" équivaut généralement à une bonne moitié du livre, vous gagnerez énormément de temps.

Phase n°3 : encodez la connaissance

Pourquoi c'est important ?

Comprendre, c'est essentiel, on est d'accord.

Ensuite, vient la mémorisation. Devoir relire encore et encore est un handicap. Négliger ce processus est une incroyable perte de temps.

Ce que je recommande pour les livres, ce sont les Mind Maps. Cela permet de survoler mentalement et rapidement le contenu afin de le stocker de manière structurée. Cette opération se fait en plusieurs étapes.

Le temps de la compression

Un concept = un mot clé

Vous ne pourrez faire figurer l'ensemble de vos notes sur une Mind Map, quand bien même vous preniez une feuille A3. Et de toute façon, ce n'est pas souhaitable.

Pourquoi ?

Car c'est souvent un subterfuge pour bâcler la compréhension. Si vous ne parvenez pas à réduire un concept en un mot, sans que cela vous empêche de retrouver l'ensemble des informations relatives à celui-ci, c'est probablement parce que vous n'avez pas compris ce concept.

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément."
                                                                                                    - Nicolas Boileau-Despréaux

Je vous propose donc un simple exercice à réaliser une fois votre livre terminé :

  • Prenez vos notes
  • Prenez une feuille
  • Résumez chaque concept en quelques lignes sur la feuille
  • Si vous y parvenez, inscrivez un symbole vert à côté du concept
  • Si vous échouez, inscrivez un symbole orange.
  • Une fois tous les concepts passés en revue, revoyez ceux que vous n'avez pas compris

Cet exercice vous permettra de consolider vos acquis et de revoir les concepts non-acquis.

Lorsque vous aurez tout compris, la règle "Un concept = un mot" sera aisée à respecter.

Car vous n'aurez qu'à choisir le mot en question, si celui-ci n'est pas déjà évident.

Transformer les mots en Mind Map

Il y a beaucoup à dire sur les Mind Maps, de nombreuses astuces existent, de nombreuses techniques.

Mais la règle est avant tout de tester, surtout si vous n'êtes pas familier avec l'exercice.

Car quelque chose de mal fait vaut beaucoup plus qu'une autre parfaitement pensée.

De plus, une Mind Map n'est ni un support, ni un travail définitif. Mais un moyen de mémoriser les informations car l'objectif, c'est les acquérir dans votre tête et non sur papier.

Cependant, voici tout de même les règles de bases à respecter pour bien débuter : 

  • Lisibilité
  • Singularité
  • Colorée
  • Structurée

Et si vous souhaitez creuser le sujet, je vous invite à lire cet article excellent de Cyril Maître.

Phase n°4 : ciment, béton et consolidation

Vous n'y échapperez pas

C'est une chose qui prend peu de temps, mais qui s'effectue en plusieurs jours, j'ai nommé : la révision.

Peut-être uniquement 2 jours, peut-être 5 ou davantage.

Pourquoi ?

Parce que la mémoire ne retient que deux choses :

  • Ce qui implique émotionnellement l'individu
  • Ce à quoi l'individu est régulièrement confronté

Alors, à moins que vous ayez vécu des ascenseurs émotionnels devant votre bouquin de physique quantique, vous allez devoir répéter l'information.

Il existe plusieurs moyens de réviser, certains sont mieux que d'autres.

Les trois méthodes de révision ayant le meilleur taux de fiabilité sont :

  • La transmission : enseigner à autrui ce que l'on a appris sollicite le savoir, en plus de le reformuler et d'effectuer une action concrète à partir de celui-ci.
  • La mise en application : la pratique est le ciment de la théorie, sans celle-ci, les connaissances tombent dans la case "Culture G"
  • L'échange : discuter avec quelqu'un qui possède les mêmes bases que vous concernant ce savoir permet de le solliciter activement, de l'affiner, pour enfin mieux le retenir.

D'une manière générale, privilégiez un mode actif de révisions.

L'action l'emporte toujours.

Et la "lecture active" ne compte pas. Vous devez aller plus loin, même si cela demande davantage d'énergie.

Le bon timing

Quand réviser ?

Car il ne suffit pas de le faire, il faut être dans les temps.

Une bonne révision doit être segmentée en plusieurs petites sessions. Une seule session de grande ampleur aura de moins bons résultats.

Voici donc une liste de créneaux standards à adapter et prolonger si nécessaire :

  • Le soir même
  • Le lendemain
  • 3 jours plus tard
  • 7 jours plus tard

Chaque créneau peut ne prendre que 10-15 minutes. Et en fonction de votre organisation, modifiez de peu les dates n'aura pas d'impact négatif sur votre rétention.

La bonne mise en pratique

Avec cette méthode en main, vous allez significativement augmenter votre capacité à étudier un livre.

Mais vous risquez de faire face à un problème : la rigueur, la discipline.

Pour étudier "La semaine de 4 heures", j'y ai passé 8 heures :

  • 6 heures d'étude et de lecture
  • 1 heures d'activités annexes (préparation, mind mapping)
  • 1 heures de révision

Ce qui, dans mon cas, m'a demandé 7h15 de travail dans la journée (+45 minutes de révisions cumulées), et ce n'était pas la seule chose que je devais faire ce jour.

La discipline est une compétence.

Développer sa capacité de travail n'est qu'une question de méthode, et vous en aurez besoin si vous souhaitez atteindre le même ordre de grandeur de performances.

Car si vous vous fixez ce genre d'objectif sans une solide rigueur, vous allez culpabiliser. Comme chaque soir lorsque vous vous rendez compte que vous auriez pu faire plus, mieux, ou simplement faire ce qui était prévu, mais vous avez failli, par "paresse".

Sauf que ce n'est pas de la paresse, c'est un manque de méthode.

Et si vous avez de l'ambition, alors j'ai quelque chose pour vous.

J'ai créé un guide qui récapitule l'ensemble des actions que vous devez mettre en place, pas à pas chaque jour, pour développer une grande capacité de travail.

Atteindre ses objectifs, une question de discipline

Téléchargez le guide "Travailler seul en période de COVID-19", un PDF qui détaille les actions à mettre en place pour chaque partie de votre journée.


Valentin
 

Dans un monde de plus en plus exigeant, être dans la "moyenne" n'est plus une option viable. Et puis que l'Ecole semble avoir oublié de nous enseigner les fondamentaux de l'apprentissage, c'est à nous de nous prendre en main.

  • audrey dit :

    merci pour cet article Valentin, j’y retrouve beaucoup des stratégies que j’ai utilisées mais sur lesquelles je ne mettais pas de mots. Je vais m’en inspirer pour soutenir mes élèves 🙂

  • >